Bordeaux-Nord. L’ensemble
vocal Martenot, qui répète sur le quartier depuis vingt ans, crée des œuvres
originales
Un chœur de vingt ans
L’ensemble vocal Martenot de Gironde a été créé par Michel
Moureau en 1987, selon les principes de l’enseignement de l’école crée par
Maurice Martenot, privilégiant « la mémoire auditive, la musicalité, le
sens du phrasé, la juste expression vocale et le plaisir de chanter ». Le
but de la célèbre méthode musicale Martenot n’était pas d’exceller dans
l’expression artistique pour éblouir l’auditoire, mais d’utiliser ce plaisir de
s’exprimer pour développer toutes les possibilités, comme l’enfant le fait avec
le jeu.
Cette chorale a su faire partager
la qualité de ses productions, mais elle a fait beaucoup plus, comme le souligne
Gilles Gravellier, un des choristes : « Notre ensemble a toujours
attesté d’une volonté très vive de créer des œuvres originales. Ce fut le cas
avec le Te Deum de Levens recréé en 1989 à l’occasion du bicentenaire de la
révolution française. Mais aussi avec le Stabat Mater de Dvorak qui n’avait pas
été interprété dans la région depuis plus de 30 ans, sans oublier le credo de
Vivaldi trouvé à la bibliothèque de Varsovie et jamais chanté en France. »
Ce chœur voyage beaucoup. Si son
lieu de répétition se trouve sur Bordeaux Nord, dans l’école Dupaty, ses lieux
de concert sont multiples et variés : les églises de Bordeaux, bien sûr, le
Grand Théâtre, le château de Bonaguil, la salle du Pin Franc. La plupart des
villes girondines résonnent encore du passage de cet ensemble vocal. Grâce aux
échanges avec des chœurs étrangers, échanges aussi riches sur le plan humain
qu’artistique, ils ont parcouru l’Europe et accueilli en retour des partenaires
polonais, allemands, tchèques, russes et bulgares. « Nous avons ainsi
contribué à faire découvrir les richesses du patrimoine aquitain et de la ville
de Bordeaux, ajoute Gilles Gravellier. Nous avons exporté la musique française
et espérons continuer de le faire »
100 ans après.
Dirigé depuis juillet 2004 par Patrick Hilliard,
cet ensemble a interprété cette année, pour célébrer ces vingt ans d’existence,
une partition d’une grande compositrice du XIX° siècle, élève de Saint-Saëns et
de Chopin, Madame de Grandval. Auteur de 59 œuvres, elle fut le compositeur le
plus joué de la Société
Nationale de Musique au XIX° siècle. Elle a écrit des œuvres symphoniques, de
la musique de chambre, des opéras dont un fut donné au Grand Théâtre de Bordeaux
en 1892 et 1893.
La partition de son Stabat Mater
dont elle joua des extraits avec Saint-Saëns en 1872 devant Georges Bizet avait
été perdue. Elle a été retrouvée par Patrick Hilliard et le ténor soliste
Derryck Webb dans le Lot, au château de Bretenoux. « Cette magnifique partition
a été retrouvée par hasard, dans la bibliothèque musicale, alors que nous
triions des partitions » assure Patrick Hilliard qui a interprété cette
œuvre cent ans après sa création avec quatre solistes, quatre musiciens,
harpiste, organiste, pianiste, violoncelliste et l’ensemble vocal Martenot.
Patrick Hilliard a effectué ses études
musicales en Angleterre au conservatoire supérieur de Manchester, est lauréat
de l’Académie Royale de Musique de Londres et installé en France depuis quinze
ans. Son voeu le plus cher serait de refaire un concert du Stabat Mater de
Madame de Grandval, qu’ils sont les seuls à chanter, et de procéder à son
enregistrement. Pour cela, il est à la recherche de mécènes, mais aussi de
demandes de concerts multiples.
En attendant, pour remercier les
élèves de l’école Dupaty qui les accueillent dans leurs locaux tous les mardis
soirs de 20 heures 30 à 23 heures, l’ensemble vocal Martenot les invite
à un concert gratuit dans le Glob Théâtre qui prête à cette occasion ses
locaux, vendredi, le soir des vacances de Noël. Un beau cadeau, mais quand on
aime et quand on chante, on a toujours vingt ans.
: Alain Mangini
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