Les vies du moulin (Sud-Ouest du 25 mars 2008)
Bacalan. Au 18ème
siècle, la ville de Bordeaux, pour contrer la pénurie de farine, se dote d’un
moulin à marée quai de Bacalan. Une leçon d’histoire et d’écologie
Le moulin de Bacalan

La décision de la construction du moulin de Bacalan, entre les actuelles rue Lucien Faure et rue de la Faïencerie, date du XVIII° siècle, alors que la ville de Bordeaux connaissait des difficultés d’approvisionnement en grains et farines. « Les causes de cette pénurie sont multiples » selon Alain Eyquem, Président de l’Association Girondine des Amis des Moulins qui vient de réunir 900 personnes autour d’une exposition dans la salle capitulaire de la cour Mably, « la vigne commence à supplanter les céréales autour de Bordeaux, les grains et farines arrivent de l’arrière-pays et leur transport par voie d’eau entraîne des pertes. »
Plus grave encore, « la plus grande partie de ces importations est réexportée vers les colonies, ce qui entraîne un développement de la spéculation des négociants et commanditaires. » Ajoutons à cela des conditions climatiques désastreuses qui se succèdent avec gelées, sécheresse, pluies, orages, grêles et débordements qui se succèdent. La disette s’installe dès 1770 avec des troubles et des émeutes qui perturbent l’année 1773 à Bordeaux.
Moulin Teynac
Dès 1779, Joseph Laurent Teynac,
maître charpentier, se lance dans la construction d’un moulin de grande
ampleur. Le projet initial prévoit de faire tourner 24 paires de meules devant
moudre 1000 quintaux de blé par jour, ce qui devrait suffire pour nourrir ainsi
la population bordelaise, soit
Seulement, en 1792, l’engorgement du canal qui dirige les eaux vers le moulin entraîne la fermeture du lieu. « La vase charriée par les eaux de la Garonne boucha le canal, les moulins s’arrêtèrent et il fut impossible de les remettre en marche », selon un témoignage trouvé par Alain Eyquem qui consulte les archives départementales et municipales ainsi que les bibliothèques de Bordeaux. A partir de 1793, le moulin sera transformé en entrepôt des denrées coloniales puis de 1811 à 1819, en entrepôt pour les feuilles de tabac.
Moulin Lafitte
En 1819, le moulin est acheté par Jacques Lafitte, un négociant bordelais qui transforme le moulin en un établissement industriel à plusieurs fonctions entre 1820 et 1828. Il projette d’abandonner l’énergie de l’eau et l’envasement au profit de la machine à vapeur. Selon Alain Eyquem, « il envisage d’utiliser les canaux comme fosses à mâture, inexistantes à Bordeaux., mais aussi pour le dessèchement des marais. » Dans un bassin, il crée même une école de natation et de bains publics. Malheureusement, le moulin Lafitte ne tournera jamais puisque les moteurs à vapeur ne seront jamais livrés. « La Révolution de Juillet signe la fin du projet. La municipalité loue les locaux à bail pour le casernement des troupes de garnison. C’est la fin d’une extraordinaire aventure. »

Faïencerie
En 1834, David Johnston, négociant bordelais et futur maire de Bordeaux, achète le moulin pour y installer une manufacture de poterie qui fonctionnera l’année suivante. « En 1838, assure Alain Eyquem qui s’est penché sur les archives du musée des Arts Déco, quatre fours sont en fonctionnement, 400 ouvriers y travaillent. En 1845, la Société David Johnston devient la Manufacture Vieillard et compagnie. Cinq ans plus tard, trois fours de près de six mètres de diamètre sont construits pour la cuisson de la porcelaine. « En 1852, Napoléon III visite la Manufacture qui occupe 800 ouvriers. Le nombre d’ouvriers, en 1871, s’élève à 1300. » La Manufacture fermera en 1895 et sera progressivement démontée.
Alain Eyquem dispose d’une dizaine de panneaux explicatifs sur l’histoire du moulin des Bacalan. Son association regroupe des personnes passionnées, dont quelques propriétaires de moulins qui ont tous comme objectif de préserver ce patrimoine historique, pour préserver le passé, mais aussi pour se tourner vers l’avenir avec le développement durable qui connaît l’essor de l’hydro-électricité et de l’éolienne. .
A noter : La journée des
moulins propose l’ouverture d’une trentaine de moulins en Gironde le 18 mai.
Renseignements au
: Alain Mangini





