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L’article du 17 octobre sur Bacalan suscite des réactions

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Vendredi 17 Octobre 2008

BORDEAUX BACALAN. Le tramway arrive lundi dans le quartier. Commerçants et promo teurs ont déjà pris position. Mais tout le monde n’en profitera pas

Là-bas tout au bout, Bacal an attend le tram
 

L’extension de la ligne B entre les bassins à flot et Claveau s’étire sur 2 km et 4 stations supplémentaires, mais elle délaisse la partie ouest du quartier photos fabien cottereau

L’extension de la ligne B entre les bassins à flot et Claveau s’étire sur 2 km et 4 stations supplémentaires, mais elle délaisse la partie ouest du quartier photos fabien cottereau
«ce tramway, bien sûr que tout le monde l’attend, mais ils auraient dû le faire passer par la rue Blanqui, pas par Achard. Bon, je dis ça, je vais encore passer pour un rouscailleur ! » Rouscailleur, voilà le mot. Bacalan est un quartier rouscailleur. Un quartier qui rouspète avec des mots qu’on ne trouve presque plus qu’ici. Et un accent qui ailleurs s’est perdu. Rouscailleur comme Pierre Cétois, figure du secteur, bacalanais depuis 1945. « Attention, quand on me lance, je m’arrête plus ! », prévient-il. Sur Bacalan, il est intarissable. Le tramway rue Achard, c’est une erreur, il en est convaincu : « d’un côté, il dessert Bacalan et de l’autre la Garonne, où personne n’habite que je sache. En passant par la rue Blanqui, on aurait pu irriguer tout le quartier. Mais bon, faut reconnaître que malgré ça, c’est quand même bien qu’il arrive ».

« Aller en ville ».

Abandonné par Chaban qui ne s’y est jamais intéressé, lâché par l’industrie partie sous d’autres cieux dans les années quatre-vingt, séparé du centre de Bordeaux par des friches en train de rouiller et deux bassins à flot devenus inutiles, Bacalan compte sur le tram pour se refaire une santé. « Pour l’instant, c’est un quartier dans l’incertitude, poursuit Pierre Cétois. L’ambiance fluctue en fonction des informations sur le tramway. Rue Achard, une boucherie a fermé et rouvert trois fois de suite, avec des bouchers qui relançaient l’affaire à chaque fois un peu trop tôt. » Avec son enfilade d’entreprises fermées et sa collection de vestiges portuaires, l’artère névralgique d’Achard fait presque peur. Qu’y a-t-il au bout de ce couloir déserté où le tram filera bientôt tout droit ? Un quartier, Bacalan. Après avoir si longtemps vécu de la Garonne, ce coin nord de Bordeaux confie désormais son sort au tram. « On va enfin pouvoir aller en ville », résume une jeune femme, sourire émerveillé, rue Achard. « Moi, je m’en fous, ça fait des années que je ne vais plus à Bordeaux », tempère un ancien du quartier. Vu d’ici, Bordeaux est un ailleurs, une autre ville.

« Un pari ».

Rue Achard toujours, M’hamed Hamdaoui a ouvert une épicerie-point phone, il y a deux ans. « C’est un pari. Je me suis mis là parce qu’il y a le tramway et le parking relais qu’ils sont en train de terminer. J’espère que ça m’amènera du monde, que ça ne fera pas comme dans ces westerns où le gars se met au bout de la ligne de train, mais le train n’arrive jamais ! » Bacalan, nouveau Far-West.

Au bar tabac le Gaulois, on se frotte déjà les mains. Le patron, Jean Vergne, est venu ici depuis sa Corrèze natale, via un détour par la Bretagne, il y a sept ans : « on cherchait une affaire comme ça, dans un quartier populaire, parce qu’on fait la Française des jeux. En deux ou trois ans, avec tous les projets immobiliers du quartier, on va doubler la zone de chalandise. En plus, ils nous ont collé la station de tram devant le bar. Ça, il y a sept ans, on pouvait pas le deviner. On devient le commerce le mieux placé de la rue, sans l’avoir fait exprès ! »

Les promoteurs sont là.

Les promoteurs eux aussi ont pris position. Les chais historiques du négociant Cordier ont été cédés au géant Nexity, qui va y dresser le « Village Bacalan », un programme de 180 appartements en duplex, à 3 000 euros/m². Les chais ne seront pas détruits, ils seront intégrés aux logements. « Chez l’ancien concessionnaire Daf aussi, il y a un énorme projet immobilier, avec 400 logements au moins », ajoute Jean Vergne. À l’orée d’une mutation rapide, Bacalan conserve pour l’instant son rythme de quartier, populaire, excentré et typé. Sur le petit marché de plein air, derrière la bibliothèque, plusieurs stands sont tenus par des gitans du village andalou. Détruit pour cause d’insalubrité en 2001, ce village de gitans construit en dur à longtemps marqué l’image de Bacalan. « Moi, j’y vivais. C’était bien. Ils nous ont sorti de là pour nous mettre dans des appartements au Grand Parc. C’est comme si tu sors un poisson de l’eau, il crève ! C’est une parabole, tu comprends ? On étouffe là-dedans », raconte un gitan du marché, qui ne veut pas dire son nom. Une partie de sa famille est restée à Bacalan, où il revient régulièrement. « Mais les gens du village andalou, ils sont éparpillés, on ne se connaît plus. Je critique, mais le Grand Parc, c’est quand même pas mal, on y est bien. Je prends le tram pour venir ici et j’ai fait une demande pour trouver un logement à Bacalan. On m’a dit d’accord, mais pas au-delà du pont d’Aquitaine, interdit ! Trop de gitans ! », lance-t-il.

Dans quelques jours, le tram entrera dans cet univers que l’enclavement avait jusque-là tenu à l’écart de la rénovation urbaine. Dans le même temps, à l’ouest, rien de nouveau. Vers l’avenue de Labarde, sur la place Maran, le long du boulevard Brandenburg, loin du tramway, Bacalan semble parti pour rester dans son jus. Plus loin encore, sous le pont d’Aquitaine, la rue Vaquier conserve son air de bout du monde, ses carcasses de voitures, ses maisons délabrées. Un air de Bacalan que le tram ne changera pas.

Auteur : Denis Lherm

6 commentaires pour “L’article du 17 octobre sur Bacalan suscite des réactions”

  • Fred dit :

    Bacalan est “tout au bout” de quoi ? Peut-être de la bêtise et de l’ignorance, voire de la méchanceté gratuite… Voilà un journaliste qui montre admirablement son mépris pour Bacalan. Info ou intox ?

  • Albert dit :

    “Bacalan est bien parti pour rester dans son jus…” (vers la fin de l’article) Sans commentaire

  • M Couteau dit :

    Cet article est un tissu d’ inexactitudes. Exemple, les bacalanais de fraîche date (1945) ignorent que le tramway avant et après la guerre circulait rue Achard. et les habitants de l’ ouest venaient le prendre rue Achard, sans problème.

    Quant à la caricature du quartier faite cela va porter tort à beaucoup de monde. Par exemple, hier, je suis allé voir la vente des logements du “Village Bacalan” et j’ ai entendu des réflexions sur le quartier qualifié de peu reluisant. Quel sera l’ impact de l’ article de SUD-OUEST sur la vente ????Pourtant un apport d’ un millier d’ habitants fera du bien au commerce local.

    Certains pour exister doivent se distinguer et critiquer à tout va. Proposent- ils de déposer les rails de la rue Achard pour les poser rue Blanqui ?

    Dans le même article il est question de la construction de 180 logements dans les murs “historiques” des chais Cordier..En fait c’ est 260 logements qui sont proposés et les” lieux historiques” sont ceux des entrepôts de tabac. Ce sont les établissements Cordier qui ont installés leur chai à vin dans un lieu historique et classé.

  • Gilles dit :

    Désolé d’aller à contre-courant, mais je suis allé visiter le programme de Nexity en partant à pied des Chartrons, et tout ce qui est dit dans cet article sur l’environnement urbain du quartier est vrai. Des zones d’habitation enclavées dans une zone industrielle dont la moitié est à l’abandon, des friches. Certains habitats et coins sont sympathiques, mais enserrés dans cet étau. De plus, les rives de la Garonne sont inaccessibles, prises entre entrepôts vides, industries et services techniques de la ville. Voilà la réalité. Maintenant, je comprends qu’il faille se projeter vers l’avenir, et de ce point de vue le programme de Nexity est une bonne chose, ses promesses architecturales séduisantes, bien que j’aie l’impression que sa situation et sa conception vont en faire une sorte d’enclave tournée vers son jardin intérieur plutôt que vers le reste du quartier. Je ne suis cependant pas aussi optimiste que certains : l’évolution de ce quartier, pour faire venir de nouveaux habitants, que les commerces suivent, et que les aménagements urbains soient effectués par la ville, risque de prendre plus de vingt ans s’il est poursuivi sans relâche. Maintenant , je précise que je n’ai aucune idée de la vie du quartier, et donc sur la véracité des propos de l’article à ce sujet.

  • Catherine dit :

    Bacalan tout au bout… Far West… Bacalan restera dans son jus… Jamais un journaliste n’ a témoigné un tel mépris envers mon quartier! Que sont devenues les pages quartier et leurs correspondants?

  • Anonyme dit :

    Ne pas oublier que Bordeaux intra muros enserré dans les boulevards ne peut se développer qu’ à Bacalan il y a encore de la place jusqu’au “pont des religieuses” à la laimite de Blanquefort !

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